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Dès le Moyen Âge, quand le nom du village apparaît dans les sources écrites, Louvergny a compté sur son territoire un ou deux « châteaux », mais il ne faut pas se fier à la majesté de cette appellation ni imaginer des forteresses massives
comme le sont certaines maisons-fortes des environs.
Les châtelains de Louvergny ont toujours vécu modestement, à l’abri du château d’Omont, et les « châteaux » de Louvergny désignent en réalité des résidences dont le propriétaire était un homme de la noblesse, résidences qui
sont certes plus imposantes que les maisons paysannes qu’elles avoisinent.
louvergny chateaux2Les maisons féodales (XIIIe-XVe siècles) Les premiers « châteaux » à voir le jour sur le sol de Louvergny furent des « maisons » (comme les appellent les anciennes chartes) habitées par les seigneurs du village. Dès 1260, un acte mentionne « la maison du seigneur Jean de Louvergny ».
Elle était située dans le bas de la rue du Moulin.
Deux générations plus tard, vers 1320, ce ne sont pas moins de trois ou quatre maisons féodales qui sont citées dans les dénombrements que les seigneurs de Louvergny font à leur suzerain le comte de Rethel :
- Estévenin de Louvergny possède « le four de Louvreny et sa maison tenant au four, a toutes les appendices et appertenances d’ycelle maison ». Cette résidence, remarquable parce qu’elle est adossée au four banal du village,
source de revenus non négligeable, était selon toute probabilité à l’emplacement de la ferme de M. Lelarge.
- Warnesson de Louvergny place lui aussi en tête de son dénombrement sa « maison et le jardin seans à Louvreny, a toutes les appendices et appertenances d’ycelle ». Cette maison est pourvue d’un « four cuisant » privé, dont Warnesson
se réserve l’usage ainsi qu’à ses soeurs et au reste de sa « mesnie ». Parmi les appendices et appartenances qui relèvent directement de la maison de Warnesson figure une autre maison, apparemment mitoyenne, concédée en arrièrefief à ses frères et soeurs.
Gérard de Louvergny, qui se fait aussi appeler Gérard de la Tomelle, tire ce second nom de la butte de la Tomelle, ou Tonnelle, située au milieu du village. Sur cette motte féodale encore bien visible aujourd’hui, Gérard possède la « maison
de Louvreny, c’on dist de la Thonnelle, entre les fossés, a toutes les appertenances ».
La Tomelle et ses fossés En 1397 et en 1407, la « maison seant à Louvreny, avecques pluseurs prés et terrez » est détenue par Richard de Louvergny, puis le fief semble passer à une mystérieuse « damoyselle Rose de Louvergny » qui n’y possède plus qu’une « masure, lieu et pourpris », la maison féodale ayant été ruinée. En 1486, la famille Dorlodo, implantée aux Sarts, avait acquis le fief de la Tomelle et le conserva pendant un siècle.
louvergny chateaux3Le château de Touly (XVIe siècle) Le château de Touly tire son nom de la famille qui s’y est établie au début du XVIe siècle et qui était originaire de Toulis, dans l’Aisne. En 1527, Nicolas de Touly obtint du comte de Rethel le droit de rebâtir sur ses terres le moulin banal.
La composition du fief de Touly est assez bien connue grâce aux ventes successives qui décrivent le bien vendu ou qui en donnent la valeur. Dans les aveux de 1572, « la terre de Toully » est passée de la famille des premiers possesseurs
à un dénommé Étienne de Montauban. À la fin du siècle, le propriétaire en est Octavien d’Apremont.
Sa veuve, Louise Coffin, échange Touly avec

Pierre de La Rivière contre un quart de la seigneurie de Saint-Morel et Corbon. On est en 1600 et l’acte énumère « une maison, grange, estables, court, jardin, colombier, le lieu et pourpris comme le tout se comporte, clos de fossés », ainsi
que des terres, des prés et le moulin banal. À la fin du XVIIIe siècle, Charles-Louis d’Aguisy, seigneur de Grandchamp et de Touly, vendait Touly vingt milles livres à Louis-François de Gentil.

Modeste, l’ensemble architectural édifié à Touly à partir du XVIe siècle était jugé assez sévèrement par Henri Manceau : « Touly, exception faite de la grange, se terre au ras des prairies humides, carré incomplet, même jadis, désignant sa condition noble uniquement par un pigeonnier. » Le pavillon principal a été détruit le jour de l’an 1900 dans un incendie. Il ne reste aujourd’hui que les communs du château et la base quadrangulaire du pigeonnier. Le plan d’eau n’est plus visible, mais les anciens cadastres donnent une idée précise de la disposition des lieux.
louvergny chateaux4La gentilhommière de 1778 Après l’extinction des petits seigneurs locaux à la fin du Moyen Âge, Louvergny dépendit
directement des comtes, puis ducs de Rethel. Au XVIIe siècle, une branche de la famille Moët prit le nom de Louvergny, puis la seigneurie passa aux d’Aguisy, également possesseurs du château de Touly.
Quelle famille bâtit, en plein milieu du village, la gentilhommière qu’on appelle encore aujourd’hui « le château » ? On l’ignore. Mais sa construction est précisément datée de 1778, comme le rappellent quatre agrafes de fer fixées sur la façade. Avant et pendant la Révolution, la maison est habitée par Jean-Louis Vitter, amodiateur, spécialisé, comme d’autres membres de sa famille, dans la ferme des domaines et droits seigneuriaux.
Cette très belle demeure fut habitée successivement par les Vitter, les Surrirey de Saint-Remy, les Sohier de Gand, la famille d’Hippolyte Noiret, les Grupont et quelques autres, avant d’être rachetée par les Jacquemin de Monthermé
puis les propriétaires actuels.
Deux vues anciennes du château de 1778 : l’une montre les corbeilles e pierre (1906), l’autre le pigeonnier (1939)
Le château, qui comporte des écuries, une grange, un chenil, une véranda, un perron, avait surtout
de remarquable – et de seigneurial – un pigeonnier sur base quadrangulaire démonté dans les années 1950. Dans la salle à manger, un parquet ancien et fort usagé possédait une rosace de marqueterie comme motif central qui proviendrait, selon la tradition, de la chartreuse du Mont-Dieu. Autre souvenir intéressant, vendu à un antiquaire entre les deux guerres : des corbeilles de pierre à décor de fleurs et de fruits autrefois posées sur les piliers d’entrée.
En 1923, vu la proximité des étangs de Bairon, les Grupont, alors propriétaires, firent du château un hôtel et café-restaurant, avec jeu de quilles et bals dansants. L’expérience dura jusqu’en 1932. Ce fut sans doute l’une des plus précoces tentatives d’offre touristique dans le canton du Chesne !

Florent SIMONET