Le Chesne après la Grande Guerre

Dans le précédent chapitre, nous appuyant toujours sur les carnets du chanoine Bouillard, nous évoquions la difficile fin de guerre des habitants du Chesne, contraints à l’exode jusqu’au Jardin d’Acclimatation de Liège par l’occupant. C’est là qu’ils apprendront la signature de l’armistice.

Outre ce nouvel épisode dramatique, la poussée de la IVème armée du Général Gouraud entraîne de lourdes destructions : l’unique pont saute, le bas-côté nord de l’église est gravement endommagé, ainsi que de nombreuses maisons rue Notre-Dame, et la liste serait bien longue si on la poursuivait… Quatre années de dévastations terribles ont laissé tout le nord et le nord-est du pays dans un état de délabrement matériel et économique épouvantable.
Aussi, dans les premiers jours d’août 1919, Clémenceau, Président du Conseil  - Le Père la Victoire -

décide-t’il  de se rendre dans les Ardennes, le seul département français occupé dans la totalité de son territoire pendant toute la durée de la guerre.

En ce 3 août, Clémenceau a entamé très tôt à Rethel une journée marathon. Il vient à l’écoute des populations sinistrées avec toutes leurs difficultés : logement, manque de main d’œuvre, nourriture, chauffage pour l’hiver…Puis c’est Attigny.

A 9h45, le cortège officiel arrive au Chesne, la ville du sénateur Lucien Hubert. Le maire, M. Martin accueille le « Tigre » et les officiels. Son allocution se fait l’écho des mêmes demandes des habitants : comme c’est difficile de remettre la vie quotidienne en marche ! ...

Les visites auprès des habitants s’ensuivent. Le Président du Conseil leur parle familièrement. Il est habillé comme tout le monde. Il n’y a guère que son épaisse et légendaire moustache blanche avec ses broussailleux sourcils qui le distinguent de la foule.

Un cultivateur évoque les prisonniers qui rechignent de plus en plus à travailler. « D’ailleurs ils sont très mal gardés ! » ajoute-t-il. Et Clémenceau de répondre en évoquant son projet de faire venir d’Europe des dizaines de millions d’ouvriers autrichiens, polonais et autres.

On défile devant l’église meurtrie. Clémenceau y entre, et le Père Bouillard en profite pour exposer ce dont il aurait besoin pour sauver ce qui pourrait encore l’être : des planches, du papier goudronné… Le Père La Victoire promet de donner satisfaction.

C’est ensuite la traversée d’une quincaillerie que le « Tigre » trouve « bien approvisionnée » et c’est tant mieux pour le pays ! Les enfants du Chesne lui remettent une superbe gerbe de fleurs, et il faut déjà partir pour Vouziers. En route il y aura un bref arrêt pour jeter un coup d’œil à Maison Rouge. Non, les « Vive Clémenceau » n’auront pas été vains.

 

recomfort pere la victoire clemenceau

Paroles de réconfort pour les familles meurtries

Autour du « Père La Victoire » le cortège des officiels...

Georges CLEMENCEAU et le maire Victor MARTIN dans l’église

 

Jean-Louis DEGLAIRE          

Bernard BIENVENU